Malgré un pitch prometteur et une superbe interprétation de Carole Bouquet, la mini-série La Mante apparaît comme une occasion manquée de dénoncer et analyser les violences faites aux femmes et aux enfants, et plus particulièrement la manière dont notre système judiciaire échoue à protéger les victimes.

Attention, cet article contient des spoilers.

La Mante est une mini-série policière en six épisodes diffusée sur TF1 en septembre 2017, écrite par l’équipe de scénaristes Alice Chegaray-Breugnot, Grégoire Demaison, Nicolas Jean et Laurent Vivier. Le concept est fascinant : une tueuse en série du nom de Jeanne Deber, emprisonnée pour les meurtres de huit hommes violents vingt ans plus tôt, assiste et conseille des policiers qui traquent aujourd’hui son copycat. Parmi les policiers, son fils Damien (Fred Testot), qui revoit sa mère après vingt-cinq ans de séparation – contraint et forcé, car c’est le prix qu’elle a exigé en échange de sa collaboration. Parallèlement à l’enquête, la série entend explorer la relation (un tantinet compliquée, avouons-le) entre la mère et le fils, lequel cherche à rejeter, autant que faire se peut, tout lien avec sa génitrice.

Ça démarre fort, mon bougre.

La Mante, la classe : une tueuse originale

Les meurtrières en série sont chose rare dans la fiction comme dans la vraie vie : à travers l’Histoire, les tueurs ont toujours été, très largement, des hommes. Aux Etats-Unis, on estime ainsi qu’un tueur en série sur six est une femme. Pour autant, les meurtrières existent bel et bien et peuvent se montrer aussi dangereuses que leurs homologues masculins : leurs comportements sont cependant différents. Surnommées les quiet killers («tueuses silencieuses»), les femmes ont généralement une position de personnel soignant (mère, infirmière), ciblent des membres de leurs familles (époux, enfants) et tuent de manière discrète (le poison est une arme récurrente). Le gain financier sert fréquemment de motif.

Mais évidemment, il y a toujours des exceptions, et les crimes de la Mante s’apparentent davantage à ceux de la célèbre Aileen Wuornos (souvent appelée, à tort, la «première tueuse en série des Etats-Unis») qu’à une quiet killer. Ses crimes sont d’une brutalité insoutenable et ses victimes meurent dans d’atroces souffrances : un modus operandi décidément bien plus proche de celui des hommes. Si elle a tué son premier mari, ses victimes suivantes sont toutes des inconnus. Avec un point en commun : ce sont des ordures. La Mante, elle-même victime de violences domestiques et sévices sexuels, ciblait exclusivement des maris violents, des pères abusifs et sodomites. Que justice soit faite.

Une héroïne, donc ? Là réside le génie du personnage : si ses crimes s’inscrivent dans une logique justicière, et qu’elle a certainement sauvé les vies de nombreuses femmes et enfants, la Mante n’en reste pas moins un être cruel et sadique – et extrêmement difficile à cerner. Dès son apparition, elle inspire le malaise : froide, hautaine, elle communique très rarement ses émotions et semble éprouver très peu d’intérêt envers… quoi que ce soit, à vrai dire. La seule chose qui l’intéresse semble être son fils Damien, qui est le seul à pouvoir la faire sortir de ses gonds. Quand il l’accuse d’être folle et d’avoir tué son père, des émotions douloureuses réapparaissent sous sa posture froide. Jeanne Deber est clairement une femme qui a souffert et qui est parfaitement sincère dans son dégoût et sa haine des hommes violents, tout comme dans son amour pour son fils.

Mais on ne peut nier qu’il s’agisse d’un monstre. La façon nostalgique dont elle évoque ses meurtres et la souffrance de ses victimes est fortement dérangeante, et sous-entend que ses motifs justiciers co-existent avec une vraie pathologie. Elle semble éprouver un plaisir tordu à jouer avec les forces de l’ordre, Damien compris : au début de l’enquête, elle demande à ce que les policiers l’amènent sur le lieu de son premier meurtre afin de leur expliquer un détail crucial qui leur avait échappé. Lorsqu’on lui fait remarquer – à juste titre – qu’elle aurait parfaitement pu leur raconter tout cela depuis sa cellule, Jeanne répond avec un sourire imperceptible :

J’avais envie de prendre l’air.

Carole-Bouquet-La-mante
Troll.

Et encore, ce n’est pas le plus dérangeant. Dans le troisième épisode, la Mante empoisonne son gardien avec une toxine récoltée auprès des insectes qui pullulent autour d’une bouche d’aération dans sa cellule. Elle s’enfuit, mais sans avoir la moindre intention d’échapper aux forces de l’ordre : son but est simplement de rencontrer Lucie, la femme de son fils, pour lui révéler sa vraie identité, assortie d’une fausse histoire remplie de pathos sur leur longue séparation. Pour quelle raison, si ce n’est pour perturber Lucie, la mettre de son côté et s’insinuer un peu plus dans la vie de Damien? Force est de constater que ses actions ne font pas toujours sens ; la mère aimante n’a visiblement pas de problèmes à embrouiller son garçon et perturber sa vie.

Tout au long de la série, Jeanne Deber exhibe donc plusieurs facettes apparemment contradictoires : la tueuse sadique sans pitié, la mère tendre et attentive, le diable qui tire les ficelles et nargue les forces de l’ordre. Elle inspire le malaise, l’admiration, la sympathie. C’est une anti-héroïne captivante et originale, et Carole Bouquet réussit très bien à cerner l’ambiguïté du personnage.

Un focus sur l’enquête policière qui délaisse toute potentielle critique sociale et politique

L’histoire d’une meurtrière en série qui tue les pédophiles et maris violents offre un cadre idéal pour examiner de quelle manière la police et la justice échouent à protéger leurs victimes : hélas, le téléfilm reste exclusivement centré sur le cadre de l’enquête policière, et aucune critique n’est jamais formulée contre les institutions en place. C’est extrêmement dommage. Parce que Jeanne Deber aurait parfaitement pu se défendre en arguant du fait que les enfants et femmes battues n’avaient pas obtenu une protection adéquate, et que ses actes les avaient sauvés là où l’Etat n’avait pas su le faire. Ce qui n’excuserait absolument pas ses crimes – mais pointerait quand même du doigt un véritable problème de société.

Les victimes d’abus conjugaux et parentaux reçoivent rarement le soutien nécessaire de la part des institutions. Récemment encore, nombre d’associations de protection de l’enfance et contre les violences sexuelles s’insurgeaient contre la loi Schiappa sur les violences sexistes et sexuelles, votée le 3 août 2018, n’hésitant pas à la définir comme un «fiasco… qui échoue à protéger les enfants des viols et des agressions sexuelles». La loi ne reconnaît ainsi pas la présomption de non-consentement pour les mineurs de moins de 15 ans et place donc sur des jeunes vulnérables et souvent traumatisés la responsabilité de prouver ou non leur consentement face à un juge ; elle ne reconnaît pas non plus le concept d’amnésie traumatique qui peut conduire des victimes à ne se rappeler des violences qu’elles ont subies que très tard dans leur vie.

Les associations de protection de l’enfance dénoncent fréquemment la manière honteuse dont sont traitées les victimes. Absence de professionnels formés, scepticisme de la part des psys, policiers et juges, requalification des viols en «atteinte sexuelle»… récemment encore, des viols commis par des pompiers sur une mineure (13 ans au moment des faits) ont été requalifiés en «atteintes sexuelles» sous prétexte que l’absence de consentement n’avait pu être prouvée. Or cela n’a pas de sens d’évoquer le «consentement» quand il s’agit d’actes commis par des hommes nettement plus âgés, plus forts, plus nombreux et plus puissants sur une enfant fragile souffrant de dépression et crises d’angoisses. La justice française, semble-t-il, ne comprend pas très bien ce qu’est le consentement éclairé, ni comment fonctionnent les dynamiques de pouvoirs entre enfants et adultes, pas plus qu’elle ne comprend en quoi la vulnérabilité et fragilité psychologique des victimes rend la notion de consentement hors de propos.

Au-delà d’une justice défaillante, il n’est pas rare que la parole des enfants violés soit mise en doute par psychiatres et psychologues, lesquels peuvent aller jusqu’à diagnostiquer des troubles mentaux et leur prescrire des médicaments parfaitement inadaptés. De nombreux psychiatres, professeurs et avocats font également la promotion du Syndrome d’Aliénation Parentale, un «syndrome» fictionnel créé par un psychologue masculiniste pro-pédophilie afin de discréditer la parole des enfants abusés par leur père, et en retirer la garde à la mère : si ces enfants accusent leur père, affirment-ils, c’est uniquement parce que la mère les y a poussés par désir de vengeance. Cette dangereuse fiction a déjà amené des juges à confier de nombreux enfants à leur père abusif, à tel point que des mères demandent aujourd’hui à leurs médecins de ne pas signaler un inceste de peur que leurs petits leurs soient retirés. La situation est apparemment si grave que Maître Rodolpho Constantino, avocat spécialiste de la question, conclut qu’en France «l’impunité d’un agresseur sexuel aujourd’hui est garantie lorsque cet enfant a moins de 3 ou 4 ans».

Les femmes battues ne s’en sortent pas beaucoup mieux. Elles font généralement face au même scepticisme, aux mêmes négligences de la part des institutions. 83% des victimes de violences conjugales déclarent ainsi n’avoir pas obtenu une prise en charge et une reconnaissance adéquates, ce qui a aggravé leur traumatisme. Récemment encore, la cour d’assises à Nancy a condamné un homme en appel à la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir assassiné une femme qui l’avait éconduit… alors qu’elle avait déjà déposé plainte contre lui à plusieurs reprises, en vain. (L’homme en question avait par ailleurs déjà servi une peine de prison pour le meurtre de son épouse.)

En 2017, le budget alloué par l’Etat à l’égalité entre les sexes représentait 0,007% de son budget total. Alors qu’Emmanuel Macron avait fait de la lutte contre les violences faites aux femmes la grande cause de son quinquennat, le budget limité (30 millions, une somme parfaitement insuffisante pour les réformes promises), a déjà subi des coupesPar ailleurs, les financements des foyers de femmes battues continuent à baisser, et certains centres, comme dans le Morbihan, ont même dû fermer. Nolwenn Weiler de Bastamag cite entre autres le collectif Femmes en marge dans un rapport alarmant

A Boulogne- Billancourt (92), «c’est carrément le CIDFF (centre d’information sur les droits des femmes et des familles) qui a mis la clé sous la porte. À Saint-Denis (93), l’existence de la maison des femmes est menacée, aucun financement pérenne n’étant prévu. À Lille (59), l’association l’Échappée qui prend en charge des victimes de violences sexistes et sexuelles a dû lancer un appel aux dons pour boucler les 15 000 euros qui manquaient à son budget pour ne pas fermer en 2018.»

On se souvient également qu’en janvier 2018, l’AVFT, association européenne contre les violences faites aux femmes au travail, avait dû fermer son accueil téléphonique faute de moyens pour faire face aux demandes. « On s’inquiète du maintien des permanences juridiques en milieu rural, ajoute Charline Houet, dans des endroits où les femmes ont de réels problèmes de mobilité. C’est bien d’encourager les femmes à se séparer d’un conjoint violent mais derrière, qui les accompagne ? Comment ? »

Dans un pareil contexte, il ne faut pas s’étonner que certaines commettent l’irréparable. Que faire quand on est piégée sans aucune voie de sortie ? L’idée qu’une femme – qui que ce soit, en réalité – décide de prendre les choses en main n’est pas totalement coupée de la réalité. Il est regrettable que ce contexte crucial n’ait pas été mentionné au cours de la série, car il aurait pu étoffer l’histoire, la rendre plus réaliste et introduire des éléments de critique. La fiction est puissante, elle a le pouvoir de dénoncer, révéler une laideur que l’on préférerait ignorer. Les auteurs de La Mante n’étaient pas obligés de poursuivre cette voie, certes – mais tout créateur devrait garder à l’esprit que son oeuvre, à partir du moment où elle est diffusée à un large public, aura un impact. Et qu’il peut choisir de faire passer un message.

Le transgender twist : un copycat décevant

Il est vrai, malheureusement, que l’enquête policière est sensée résoudre non pas les crimes de la Mante, mais ceux de son copycat – et ces crimes-là sont résolument vidés de toute dimension politique et sociale. Les victimes sont des hommes parfaitement ordinaires et innocents qui ont eu le malheur de se frotter au grand méchant loup. Un antagoniste qui pose problème à plusieurs niveaux.

Les auteurs de la série ont sorti l’artillerie lourde : il s’avère que le copycat est une femme transgenre, Virginie, de son vrai nom Camille Fontaine. Enfant, Camille a assisté au meurtre et à la torture de son père abusif aux mains de la Mante ; par la suite, elle a développé envers la Mante une admiration et même une obsession virant au fanatisme, allant jusqu’à s’introduire dans la vie de son fils pour «veiller» sur lui… et choisissant de reproduire son modus operandi pour tuer les amants dégoûtés par son apparence.

Si Camille apparaît dans les flashbacks comme un bout de chou trop mignon qui s’inquiète pour son chat malade, la version adulte, hélas, offre un contraste saisissant. Après une vie marquée par les sévices, la maladie mentale, et une vaginoplastie ratée (bref, la totale), Camille a assumé l’identité de Virginie, interprétée par Frédérique Bel. Disons-le tout net, Virginie est insupportable. Superficielle, écervelée et obsédée par les mecs, elle est tout simplement antipathique. Lorsque le masque tombe et qu’elle révèle son identité de tueuse, elle se transforme sans crier gare en monstre, allant jusqu’à faire avaler à Lucie (sa meilleure amie, soit dit au passage) une substance abortive pour qu’elle perde son bébé. Parce que… je ne sais pas, evil I guess ?

virginie
Virginie, copycat de La Mante (Frédérique Bel)

A titre personnel, je n’ai pas réussi à réconcilier l’image de Camille le bout de chou, son chat dans les bras («est-ce qu’il va aller mieux ?») avec celle de l’adulte Virginie : méchante, superficielle, à moitié hystérique, et fondamentalement cruelle. Virginie n’inspire strictement aucune compassion. Contrairement à Jeanne Deber, elle est dépeinte, sans ambiguïté, comme la méchante de service. Ses victimes ne sont pas des ordures, mais bel et bien des hommes innocents punis de l’avoir éconduite. Toute la dimension morale des crimes de Jeanne et leur potentiel de dénonciation passe à la trappe, et Virginie, en criminelle caricaturale, est réduite à un procédé narratif : le copycat est ici clairement le prétexte qui sert à raconter l’histoire de Jeanne et ses relations avec son fils.

C’est dommage. Les auteurs auraient pu nous donner un copycat à la mesure de Jeanne : un personnage complexe, magnétique autant que repoussant. Celui-ci n’évoque que le dégoût. C’est d’autant plus frappant qu’il s’agit à la base d’un enfant victime de maltraitances, et qui a vécu une vie passablement traumatisante. Pourquoi choisir de nous le présenter sous une lumière aussi laide ? De même, le transgender twist est une décision scénaristique pour le moins douteuse : on ne conçoit pas très bien quel était l’intérêt de faire de la tueuse une femme transgenre. Très probablement le désir de provoquer, choquer le spectateur, lequel n’aurait certainement pas suspecté Virginie. C’est un peu grossier et facile…

Cela eût été intéressant si Virginie, comme Jeanne avant elle, avait choisi de cibler des hommes auteurs de violences – contre les enfants LGBT ou non-conformes au genre, par exemple. Cela aurait de plus permis d’éclaircir les abus spécifiques dont ces derniers sont souvent les victimes. A la place, nous avons droit aux meurtres passionnels d’une femme transgenre bafouée… rien de bien palpitant. Si les auteurs évoquent, à travers le personnage de Virginie, les difficultés dont peuvent souffrir les personnes transgenres (maltraitances infantiles, fragilités psychologiques et maladies mentales, négligences de la part du corps médical), toute compassion que pourrait ressentir le spectateur est de toute manière démolie par le fait que Virginie est détestable.

Enfin, notons que la relation entre Damien et Virginie est très mal écrite. A aucun moment le script ne suggère l’existence d’un lien profond entre eux deux. Ils ne semblent avoir aucun intérêt en commun (on pourrait même débattre du fait que Damien possède des intérêts tout court, mais passons) et Damien ne paraît éprouver aucun sentiment de trahison lorsqu’il découvre la vérité sur son «amie» : il la malmène et l’appelle de son prénom d’enfance comme un banal suspect, comme s’il ne l’avait jamais connue. Qui plus est, Damien est présenté comme un flic intelligent et intuitif. Nous sommes sensés croire qu’il côtoyait une femme transgenre psychopathe depuis des années et n’avait rien remarqué de bizarre ?

A vrai dire, la relation entre ces deux personnages est tellement superficielle que j’ai été très surprise de découvrir, dans ce dernier épisode, qu’ils étaient amis de longue date et qu’elle lui avait présenté Lucie. Je croyais que Virginie était simplement l’amie de Lucie et que c’était son seul lien avec Damien. C’est assez mal fichu.

Malgré une anti-héroïne forte, les femmes font grise mine

Pour finir, notons que la mini-série est un exemple assez flagrant de sexisme dans la télévision. Certes, le principal personnage féminin est ambigu et captivant – mais ça s’arrête là. Le casting est majoritairement composé d’hommes. L’équipe policière compte une seule femme flic, Szofia Kovacs (Elodie Navarre), et son personnage pue la misogynie. Elle est présentée comme la relou de service, insistant pour suivre des pistes que Damien refuse (parce qu’elles pourraient révéler le lien entre lui et Jeanne), briguant sa place comme chef de l’équipe, l’éjectant de l’enquête par pure mesquinerie lorsqu’elle découvre à quel point il est impliqué…

Le problème, c’est que Kovacs a raison sur toute la ligne. Pendant toute la durée de l’enquête, Damien cache des informations cruciales à ses co-équipiers, fait constamment cavalier seul, et révèle des indices au compte-goutte en refusant d’expliquer comment il les a obtenus (par sa mère). Pour éviter qu’un criminel lié à l’enquête ne révèle la vérité, il le fait enfermer dans un hôpital psychiatrique, bourré de médocs et incapable de s’exprimer : lorsque Kovacs suggère, à maintes reprises, de l’interroger (une décision parfaitement rationnelle), Damien refuse à chaque fois, se comportant de façon agressive. Et s’il est vrai que Kovacs est déçue et en colère que Damien ait été élu chef d’équipe à sa place, on ne peut nier que cette colère est légitime. Elle avait l’expérience et les compétences requises pour occuper le poste – et voilà que Damien, un parfait inconnu du service, lui choppe la place tout simplement parce qu’il est le fils de la Mante. Une fois de plus, une femme dédiée à son travail qui élève des objections parfaitement raisonnables est hâtivement classée comme une asticoteuse mesquine qui fait chier son monde.

Quant à Damien – quel ennui. Le premier rôle masculin est franchement insipide. Sans doute est-ce voulu de la part des auteurs, qu’ils souhaitaient montrer comment les crimes de sa mère l’avaient rendu froid, peu émotif… mais il en résulte une caricature assez inintéressante de flic hanté et bourru. Pour ma part, je pense qu’il eût été plus judicieux de faire de l’enfant de la Mante une femme. Cette idée a bien plus de potentiel, et nous aurions pu observer les doutes, les inquiétudes d’une femme flic qui a peur de ses instincts violents et de devenir une meurtrière, comme sa mère… qui aurait peut-être même vécu une histoire similaire (hélas, les violences se répètent souvent de génération en génération) et possède aussi une dent contre les maris abusifs. A la place, nous avons les crises de Damien qui crie à sa femme, lorsqu’elle lui fait part de son désir d’enfant, «Je veux pas transmettre mes gènes !» Mouais bof.

 

En résumé, La Mante laisse un arrière-goût doux-amer. Le script possède beaucoup de potentiel hélas inexploité, et la série retombe un peu trop facilement sur des clichés éculés. Bravo cependant pour l’ambiance réussie (sombre et sinistre à souhait), le réalisme des plans, les frissons garantis – et l’inclusion de Julien Arnaud au journal de 20h, petit clin d’oeil amusant qui achève de rendre ce thriller résolument français.